QUELQUES JOURS DANS UNE VIE

Deux semaines à "Samana" en République Dominicaine
par Jean Masbou

Part III


 Pour tromper notre ennui nous consultons les quelques documents que nous avons emportés. A voix basse Yveline me fait la lecture. Avec assurance elle me confirme que la République dominicaine, la belle Antillaise comme on l'appelle familièrement, occupe la partie Est de l'île d'Hispaniola, entre Cuba et Porto Rico. Quant à la partie Ouest elle est occupée par Haïti. Proche du tropique du Cancer et baignée par des courants chauds, elle est marquée par un climat tropical rendu supportable par les vents alizés. De mi-décembre à mi-avril c'est la saison sèche, la plus agréable pour le tourisme.
 Nous avons de la chance car nous tombons en plein dedans !
 Le pays n'est certes pas classé dangereux, mais il y a tout de même des risques de vol, surtout dans la capitale ou nous n'irons pas! Pour ce premier contact nous allons, en effet, découvrir aussi complètement que possible cette terre qui s'avance dans l'atlantique: la péninsule de Samana et sa baie magique !
 L'embarquement qui vient de débuter nous prive de bien d'autres détails, alors c'est décidé, nous découvrirons, la réalité sur place!
  Nous venons de décoller à destination de Puerto Plata et 8h30 de vol nous en sépare encore! Le générique d'un chef d'œuvre cinématographique s'affiche sur tous les écrans de la cabine mais le cinéphile qui sommeille en moi préfère se laisser glisser dans les bras de Morphée. Ce n'est pas grave, puisque telle une vestale, Yveline veille !
  J'ai dormi, mais combien de temps ? Je l'ignore et ma montre affiche une heure inavouable ! Qui m'a réveillé si tôt ? Une annonce du commandant ? Non! Ce pauvre bébé qui n'en finit pas de pleurer ? Pas davantage ! C'est tout bêtement le chariot, distributeur d'en-cas, qui m'a heurté au niveau de l'épaule droite et mon sommeil s'en est allé! L'hôtesse bredouille une vague excuse et je lui réponds par un sourire niais ! Sans hésitation j'avale, les échantillons de la gastronomie belge qu'elle a déposés sur ma tablette et je constate, après, qu'il n'est plus si facile de trouver la bonne position. Et pourtant j'ai le gabarit charter ! Quant à Yveline, les écouteurs vissés dans ses oreilles, elle semble beaucoup apprécier le programme !
 C'est encore loin Puerto Plata ? Ma montre me répond oui !
  A nouveau, beaucoup d'agitation dans cette carlingue subitement tirée de la pénombre ! C'est sans doute l'évacuation par les issues de secours qui provoque cette effervescence! Mais où est donc passée ma brassière de sauvetage ? Cette fois encore ce n'est que la roulante qui vient de s'immobiliser dans mon secteur ! Je n'ai pas faim mais je mange ma ration en un rien de temps ! Sans doute pour me persuader que tout danger est écarté ! Puis j'avale un grand verre d'eau minérale et je tente de sommeiller à nouveau ! A coté de moi Yveline semble toujours aussi vaillante. Mais suis-je réellement en état d'apprécier sa forme?
  Cette fois nous ne devons plus être bien loin de la République Dominicaine! Le commandant de bord, John X, vient de rompre le silence pour nous informer qu'il amorce la descente sur Punta Cana, la seule escale avant Puerto Plata, terminus de la ligne! Ma montre confirme que les heures de vol prévues ont été sérieusement grignotées et les bourdonnements qui affectent mes oreilles prouvent bien que la manœuvre annoncée est bien en cours d'exécution !
 Et voilà les gamins qui recommencent à pleurer en cœur, cette fois très, très fort ! Ils doivent réellement souffrir des oreilles les pauvres ! Moi j'ai l'impression désagréable de m'être trompé d'avion et de voyager dans une pouponnière volante !
 Les ceintures sont attachées et le personnel de cabine procède aux vérifications d'usage. On sent subitement une légère tension. Si les marmots ne braillaient pas aussi fort on entendrait le silence. Sans doute la crainte non avouée de l'atterrissage manqué ?
 Même si le contact avec la piste fut un peu rude notre 767 roule maintenant vers son parking pendant que ses passagers soulagés applaudissent très fort ! La dernière intervention de l'équipe commerciale du bord fut pour nous informer, en trois langues, que l'escale de Ponta Cana allait durer 30 minutes. Mais aussi que nous devrions rester à bord, ce qui nous comble de joie!
  Avant l'arrêt complet de l'appareil les coffres à bagages s'ouvrent à grands fracas libérant des cascades de sacs de taille très diverse. Quant au débarquement il fut rapide et désordonné, presque comme si un incendie venait de se déclarer à bord. C'est la même constatation qui s'impose à chaque voyage. Ces touristes occidentaux friands de charters sont-ils aussi exemplaires qu'ils l'affirment !
 Au trois quart vide l'avion nous paraît alors encore plus grand ?
 Toujours dans un état de semi-léthargie, c'est en témoins peu vigilants que nous assistons au changement d'équipage et au ravitaillement en kérosène. Toutefois la manutention musclée de bagages provenant d'un conteneur accidenté nous secoue un peu car soudain nous pensons à nos propres bagages ? Dans quel état allons-nous les récupérer ?
  Maintenant, voilà les passagers à destination de Bruxelles qui embarquent sans hâte, presque à regret ! Ils vont avoir droit à un petit crochet par Puerto Plata avant de regagner Bruxelles et la Compagnie, bonne fille, n'exige d'eux aucun supplément de prix !
 Comme un léger malaise, c'est ce que nous ressentons, lorsque les nouveaux arrivants revendiquent les places que nous occupons depuis le départ et que nous pensions pouvoir conserver jusqu'à Puerto Plata ! Leurs cartes d'embarquement attestent de leur bonne foi, alors il est clair que nous nous trouvons face à un cafouillage de la Sobelair! L'incident n'est pas bien grave en raison du grand nombre de places disponibles dans l'avion!
 Les 30 minutes d'escale technique duraient depuis plus d'une heure lorsque la nouvelle équipe nous annonça un départ imminent, confirmé par l'allumage du panneau "attachez votre ceinture". Le nouveau commandant nous salua courtoisement et enleva le 767 dans un décollage parfait.
  Quant à la recommandation impérative d'attacher notre ceinture elle restait, toujours allumée interdisant tous les déplacements à l'intérieur de la cabine ! L'accès aux toilettes était à ce moment là coupé depuis plus de deux heures, escale technique comprise. Cela devenait de plus en plus évident que la situation n'évoluerait pas jusqu'à notre arrivée à Puerto Plata ! Aucune perturbation ne se manifestait pourtant ! Nous avons bien dû admettre que l'équipage avait simplement activé un plan malin lui permettant de réaliser une prise de service en douceur !
 C'est donc, pour nous, le moment d'en découdre avec le nouveau chef de cabine mais en évitant, si possible, de déclencher une insurrection !
 " Toilettes et long courrier ? Confidences ? " pourrait être un bon titre pour une aventure littéraire à gros tirage ?
 Il va de soi que l'argument " sécurité " a été avancé, le contraire eut été surprenant ! Mais nous ne sommes pas dupes et nous pensons que le comportement de ces travailleurs du ciel peut, tout de même, être qualifié de léger !


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